Les incendies ont un effet déterminant sur la durabilité de nombreuses forêts canadiennes. Les politiques en matière d’incendie tentent de trouver un juste équilibre entre les coûts de suppression et les valeurs à protéger, tout en reconnaissant le rôle naturel du feu dans l’aménagement paysager. La situation canadienne des incendies de forêt présente les trois aspects suivants.
Régime de feux
Chaque lieu possède son propre régime de feux dont les attributs sont notamment l’intervalle (nombre d’années entre deux incendies au même endroit), la moyenne annuelle des superficies incendiées et l’intensité des incendies. Étant donné que le régime de feux est soumis à de nombreux facteurs naturels et culturels, il ne change qu’à la suite d’une modification importante du climat ou des politiques d’aménagement, ou d’une profonde altération de la structure du combustible en raison de l’intervention humaine.
La saison des incendies au Canada s’étend d’avril à octobre, le risque de feux étant presque nul en hiver. Au printemps, on assiste à une recrudescence des incendies après la fonte des neiges, suivie d’un déclin progressif du Sud au Nord avec l’émergence de la végétation. L’apogée survient au milieu de l’été en raison de la foudre qui allume de nombreux incendies de grande envergure. Puis les feux diminuent avec l’arrivée de l’automne.
L’incendie est un élément clé du cycle vital de nombreux écosystèmes canadiens. Quoique l’incendie détruise régulièrement la forêt boréale, de nouveaux arbres robustes poussent rapidement pour remplacer la forêt âgée. Même lorsqu’il détruit un peuplement de pin gris parvenu à maturité (Pinus banksiana), l’incendie lui vient en aide en faisant ouvrir ses cônes, permettant ainsi à l’espèce de se reproduire et de survivre. Preuve de cette symbiose, le pin gris pousse dans les stations sèches susceptibles aux incendies d’envergure suffisante pour provoquer le remplacement des peuplements. L’histoire de la forêt boréale canadienne est une incessante succession de destruction et de renouvellement par l’action du feu.
Gestion des incendies
La gestion des incendies au Canada est de responsabilité provinciale, sauf sur les terres fédérales. À l’échelle nationale, on compte 14 organismes ayant leurs propres politiques, régime de feux, types de forêt et valeurs à protéger. Ces organismes relèvent entièrement du gouvernement, ou sont constitués d’entreprises privées bénéficiant de contrats ou de gestion gouvernementale. Le financement provient soit de l’impôt général, soit des droits de coupe forestières ou d’un impôt foncier.
L’exclusion des incendies est physiquement impossible, économiquement irréalisable, écologiquement indéfendable, ou simplement non justifiable dans bien des régions au Canada. Les politiques relatives aux incendies visent généralement un équilibre entre les coûts d’extinction et les valeurs à protéger, et prennent pour acquis que les incendies doivent jouer un rôle plus naturel dans l’aménagement du paysage.
L’évolution de la gestion des incendies a été dictée par les caractéristiques suivantes du Canada sur le plan de l’environnement, de la démographie et de la géographie :
- population clairsemée concentrée le long de la frontière américaine;
- vaste territoire comportant peu de routes;
- valeur faible à élevée des ressources et propriétés à protéger;
- main-d’oeuvre peu abondante et très coûteuse;
- bonne infrastructure technologique;
- courte saison des incendies ponctuée de conditions météorologiques extrêmes;
- Incendies typiques entraînant le remplacement des peuplements.
Ces conditions ont donné naissance à quatre principes en matière de suppression des incendies au Canada :
- importance de l’information (danger d’incendie, évaluation du risque, attribution des ressources);
- importance du matériel (pompes et tuyaux, véhicules, communications);
- importance des aéronefs (détection, transport, suppression);
- Mobilisation rapide (interne, externe, inter organismes et échelle internationale).
L’organisme type de gestion des incendies joue quatre rôles :
- Rôle administratif - planification, budgétisation et évaluation des programmes portant notamment sur la prévention, la suppression et la formation.
- Rôle stratégique - surveillance des risques et des feux déclarés, déploiement des ressources au sein de l’organisme et autorisation des mouvements de ressources interorganismes.
- Rôlede gestion - exécution d’activités quotidiennes telles que la préparation, la détection et l’envoi des forces d’attaque initiale.
- Rôle opérationnel - transport des équipes et du matériel sur les lieux de l’incendie, opérations de suppression et soutien logistique.
En 2002, 92 % des incendies ont été circonscrits avant qu’ils aient atteint une superficie de 10 ha, ne formant que 0,1 % des superficies incendiées. Par contraste, à peine 1,8 % des incendies ont excédé 1 000 ha, mais ils comptaient pour 98 % des superficies incendiées.
Face à des situations extrêmes et à des budgets décroissants, aucun organisme, aucune nation ne peut être autosuffisante. En 1982, on a fondé le Centre interservices des feux de forêt du Canada afin de faciliter le partage d’un parc national d’avions citernes par l’ensemble des organismes de gestion des incendies. La mobilisation des ressources au niveau national est un élément clé de la gestion efficace des incendies au Canada.
Recherche sur les incendies
La recherche scientifique a permis d’élargir le champ de nos connaissances sur les incendies de forêt. On peut surveiller le risque d’incendie et prévoir l’intensité des incendies à l’échelle nationale. Des systèmes permettent d’optimiser la ronde des patrouilles de détection et de répartir efficacement les ressources. Par ailleurs, on comprend de mieux en mieux le rôle naturel du feu dans les écosystèmes forestiers. Toutefois la pleine gestion des incendies exige une connaissance du feu beaucoup plus poussée que la simple lutte contre les incendies ainsi qu’un processus beaucoup plus évolué de prise de décision. Dans le contexte d’un environnement de plus en plus complexe, il faudra sans cesse améliorer notre savoir et notre technologie pour soutenir efficacement la gestion des incendies.
Les données sur les incendies sont produites par les organismes provinciaux, territoriaux et fédéraux de lutte contre les incendies, ainsi que par Parcs Canada.
La présentation adoptée à l’origine pour faire état des pertes annuelles causées par les incendies est restée pratiquement la même, ce qui permet aux chercheurs et aux nombreux autres groupes d’intérêt s’intéressant à cette question de comparer la gravité des saisons d’incendies sur de nombreuses décennies.
Les données sont présentées comme suit :
| NIVEAU DE PROTECTION |
NIVEAU D'INTERVENTION | Origine des incendies | Nombre d'incendies Superficie incendiée |
| Classe de productivité Classe de maturités | Superficie incendiée | ||
| Classe de superficie à l’extinction | Nombre d'incendies Superficie incendiée | ||
| Mois | Nombre d'incendies Superficie incendiée |
